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L’incidence des tsunami sur la société

L’incidence des tsunami sur la société

Par: Georges Pararas-Carayannis

Exerpts: Impact: Science et Societe, Vol.32 (1982), no I pp. 77-85 (photos: archives de ITIC)

C’est de 1480 av. J.-C. que date le premier témoignage des ravages (pertes en vies humaines et dégats matériels) causés par une de ces énormes vagues qu’on désigne du nom de tsunami. Aujourd’hui, étant donné la pression démographique dans les régions côtières, un nombre croissant de collectivités et d’installations sont exposées à un tel risque. Les systémes d’alerte aux tsunami, qui utilisent des instruments perfectionnés, ne peuvent étre efficaces que si le public est dument informé et a confiance dans les organismes gouvernementaux.

Introduction

Les tsunami sont des séries de vagues d’une très grande longueur et d’une très forte période, engendrées par des mouvements brusques de la croûte terrestre. Les tsunami les plus catastrophiques ont été causés par de violents séismes dont l’épicentre était localisé sous l’océan ou à proximité d’un océan et qui avaient provoqué un déplacement vertical marqué du fond océanique. Les éruptions volcaniques et les éboulements sous-marins entraînent également la formation de tsunami mais leurs effets sont généralement localisés.

Quoique rares, les tsunami sont un des phénomènes physiques les plus complexes et les plus terrifiants; ils ont fait de nombreuses victimes et causé de vastes dégâts matériels. Du fait de leur caractère destructeur, ils ont une profonde incidence sur les aspects humains, sociaux et économiques de nos sociétés. L’histoire nous révéle que, dans l’ensemble du monde, ils ont anéanti des communautés entières vivant le long des côtes et que, dans le passé, leur incidence socio-économique a été considérable. Dans le Pacifique, où ces vagues sont le plus fréquentes, des documents anciens font état d’effroyables catastrophes causant d’énormes pertes en vies humaines et d’immenses dégâts matériels. Au Japon, dont les régions côtières sont parmi les plus peuplées du monde et où l’activité sismique est trés ancienne, des populations côtières ont été entièrement anéanties par des tsanami, On sait aussi que les tsunami ont causé des ravages en Alaska, dans les iles Hawaii et en Amérique du Sud, bién que les documents dont nous disposions pour ces régions soient assez limités. Le dernier grand tsunami qui a sévi dans l’ensemble du Pacifique s’est produit en 1960, D’autres ont été enregistrés depuis lors mais leurs effets étaient localisés.

Nous avons assisté, ces vingt dernières annees, à une expansion et un développement considérables des régions côtières dans la plupart des pays développés ou en développement du Pacifique. Ce phénomène s’explique par la croissance démographique et l’évolution technique et économique qui ont rendu l’exploitation des zones côtières plus nécessaire qu’auparavant. Par bonheur, les tsunami ne se produisent que rarement; aussi leurs effets ne se sont-ils récemment faits sentir dans aucune région en développement du Pacifique. Néanmoins, I’histoire nous enseigne que, malgré leur rareté, les tsunami n’en demeurent pas moins une réalité.

Un grand tsunami risque de se produire prochainement dans l’ensemble de la région du Pacifique. Un certain nombre de pays de cette région ne sont pas préparés à une telle éventualité. D’autres ont relâché leur vigilance. Or les effets sociaux et économiques des tsunami à venir ne sauraient étre sous-estimés. Dans la présente étude, nous nous proposons donc d’examiner brièvement les conséquences sociales et économiques des tsanami passés, récents et à venir, ainsi que la question de la gestion des risques présentés par les tsananu et la nécessité d’une planification adéquate pour l’avenir, tout au moins pour l’océan Pacifique, où la fréquence des tsunami est élevée.

Les premières archives relatives aux tsunami

L’incidence des tsunami sur les sociétés humaines s’est manifestée trés tôt dans l’histoire. Le premier tsunami dont l’humanité ait conservé la trace remonte à l’année 1480 av. J.-C., date à laquelle la civilisation minoenne, établie en Méditerranée orientale, fut balayée par des vagues de ce type. Les premiers documents japonais faisant état de telles catastrophes remontent à l’an 684 de notre ère (1). En ce qui concerne le continent américain, des tsunami ont été enregistrés en 1788 en Alaska et en 1562 au Chili. Le premier tsanami enregistré aux Iles Hawaii remonte à 182I.

Certes, les tsunami les plus dévastateurs sont, pour la plupart, survenus dans le Pacifique, mais des tsunami destructeurs ont également été enregistrés dans l’océan Indien et dans l’océan Atlantique, ainsi qu’en Méditerranée. Les séismes qui se sont produits à Lisbonne en 1755, dans la passe de Mona, au large de Porto Rico, en 19I8 et à Grand Banks, au Canada, en 1929 se sont accompagnés de violents tsunami. (photo de Knsossos)

Les populations du Pacifique vivent en majorité en bordure ou à proximité des côtes, car l’intérieur des terres est souvent montagneux et les terres cultivables se présentent principalement sous la forme de plaines côtières. De nombreux pays de la région ont des populations traditionnellement tourné es vers la mer . Pour la plupart d’ entre eux, les échanges commerciaux sont une nécessité vitale et certains se sont dotés de flottes de commerce et d’ installations portuaires importantes. L’ économie de maints pays insulaires du Pacifique, comme de ceux qui ont des côtes étendues, repose également sur l’activité des caboteurs, et de nombreux petits ports facilitent les échanges entre les Iles et tout le long des côtes. Des pays comme le Japon, par exemple, se sont équipés de nombreux ports et d’importantes installations industrielles telles que chantiers navals, centrales électriques et raffineries. De méme, maints pays développés ou en développement du Pacifique ont de nombreux ports qui servent de bases à de grandes industries de pêche. C’est le cas notamment du Pérou, qui entretient dans le port de Callao, près de Lima, une importante flotte de pêche à l’anchois. Callao est situé à proximité d’une région très sismique, potentiellement exposée aux tsunami. D’autres régions côtières du Pacifique se sont récemment tournées vers l’aquaculture et l’industrie de la conserve. Il existe donc un ensemble de facteurs qui, réunis, rendent nombre d’ Iles du Pacifique et de pays continent aux de la région, développés ou en développement, socialement et économiquement vulnérables à la menace des tsunami. L’étendue des côtes, le nombre des Iles, les longues côtes des pays du Pacifique dotées de structures vulnérables, le nombre des grands ports, la presence d’industries rentables de la pêche et de l’aquaculture, ainsi que la forte densité de population des régions côtières placent de nombreux pays de la région dans une position vulnérable.

La vulnerabilité du Japon

Au Japon, par exemple, où se trouvent réunis tous les facteurs de vuluérabilité mentionnés, un tsunami peut avoir des effets sociaux et économiques réellement dévastateurs. La côte de Sanriku ou le district de Tohoku, au nord de Honshu, présentent un certain nombre de plaines côtières creusées par de nombreuses baies, où d’importantes industries de pêche et d’aquaculture se sont établies. Tout au long de l’histoire, des communautés entières ont eté frappées et anéanties par des tsunami dans cette région, ce qui a souvent nécessité leur reconstruction et leur déplacement. Entre 684 et 1960, 65 tsunami au total ont frappé le Japon. A une date aussi lointaine que le 18 juillet 869, la côte de Sanriku a été balayée par un tsunami qui a fait environ un millier de victimes et détruit des centaines de villages. Le 3 août 1361, un tsunami a détruit 1700 habitations dans cette même région. Le 20 septembre 1498, un tsunami a balayé la péninsule de Kii, faisant 500 victimes et détruisant un millier d’habitations. Le 31 janvier 1596, d’énormes pertes en vies humaines ont été causées par un tsunami qui s’est abattu sur l’ile de Shikoku, et qui a atteint également plusieurs régions de Honshu. Kyushu a été frappé par un violent tsanami en septembre 1596. Plus près de nous, le violent tsunami de Meiji Sanriku, qui s’est produit le 15 juin 1896, a fait 27 122 morts, des milliers de blessés et plusieurs autres milliers de sans-abri. Le 3 mars 1933, dans la région de Sanriku, un tsunami dont la hauteur atteignait une trentaine de mètres a tué plus de 3 000 personnes, fait des centaines de blessés et détruit approximativement 9 000 habitations et 8 000 bateaux. En décembre 1944, dans le centre de Honshu, un tsunami a fait près d’un millier de victimes et détruit plus de 3 000 maisons. Le 21 décembre 1946, le tsunami de Nankaido a tué 1 500 personnes et detruit 1 151 maisons (2).

Les tsunami s’abattent sur le Pacifique

Des tsunami se sont périodiquement abattus sur les îles Hawaii, causant des pertes en vies humaines très élevées et des dégâts matériels considérables. Le plus violent est celui qui, le 1er avril 1946, a submergé et détruit la ville de Hilo et tué 159 personnes. Depuis lors, d’autres tsunami ont été enregistrés dans les îles Hawaii en 1952, en 1957, en 1960, en 1964 et en 1975 (3).

Le tsunami le plus dévastateur qui ait frappé l’ ensemble de la région du Pacifique est celui de mai 1960; il a fait de nombreuses victimes (plus d’un millier au Chili, aux îles Hawaii, aux Philippines et au Japon, notamment à Okinawa), et a causé d’énormes dégâts matériels (Pararas-Carayannis, 1975). (photo: tsunami de 1964, Seward, Alaska).

Plus récemment, le 16 août 1976, un violent séisme s’est produit dans le golfe de Moro, aux Philippines; il a engendré un tsunami local extrémement destructeur, qui a tué plus de 8 000 personnes et fait 1O 000 blessés et 90 000 sans-abri. (4) Le 12 décembre 1979, un séisme dont l’épicentre était localisé dans l’État de Narino, dans le sud-ouest de la Colombie, a provoqué un tsunami qui a entièrement détruit plusieurs villages de pêcheurs, tuant des centaines de personnes et bouleversant l’économie déjà chancelante de cette région (5).

Il n’y a pas qu’au Japon ou dans l’océan Pacifique que les tsunami font des ravages. Des tsunami destructeurs se sont également produits dans l’océan Indien et l’océan Atlantique, ainsi que dans la mer des Carabes et en Méditerranée. Comme nous l’avons déjà indiqué, la violente éruption et l’explosion du volcan de Santorin, au XVe siècle av. J.-C., ont engendré un gigantesque tsunami qui a anéanti la plupart des colonies côtières minoennes établies sur les îles de la mer Égée, accélérant ainsi le déclin de cette brillante civilisation (6). De nombreux autres tsumami ont été enregistrés en Méditerranée orientale depuis cette date.

Dans la région de l’océan Indien, la violente explosion de l’île volcanique de Krakatoa, en août 1883, a engendré un tsunami d’une trentaine de mètres de haut qui a fait 36 500 victimes à Java et à Sumatra. n y a cinq ans, le 19 août 1977, un violent séisme s’est produit dans les îles de la Sonde orientale, en Indonésie; il a engendré un tsanami qui a fait des centaines de victimes sur les îles Lombok et Soumbawa, sur la côte orientale de l’océan Indien (7).

La région de l’ Atlantique

Des témoignages historiques font également etat de pertes en vies humaines et de dégâts matériels considérables dans la région occidentale de l’Atlantique Nord et Sud, dans le nord-ouést de l’Europe (8), et dans les régions d’activité séismique situées à l’est des Caraibes. Le tsunami atlantique le plus violent est celui qui a accompagné le séisme de Lisbonne, le 1er novembre 1755, et qui a touché non seulement le Portugal, mais aussi l’Espagne, Madére, les Açores, la France, la Grande-Bretagne et les Antilles. Des tsunami ont été fréquemment enregistrés au sud de l’Irlande, au pays de Galles, en Angleterre, ainsi qu’ au nord de la péninsule Ibérique. L ‘ un des tsunami les plus destructeurs enregistrés dans la mer des Caraïbes est celui qui s’est abattu sur Port-Royal, en Jamaque, le 7 juin 1962, et qui, avec le séisme, a causé la mort de 3 000 personnes. Mentionnons également les tsunami qui se sont produits le 3 juin 1770 et le 7 mai 1842 à Haïti, le 28 décembre 1867 dans les iles Vierges, le 14 janvier 1907 en Jamaque et le 11 octobre 1918 à Porto Rico.

L’énumération qui précède n’est qu’un bref aperçu de quelques-uns des principaux tsunami enregistrés dans le passé. Il est très difficile de déterminer avec précision les répercussions de chacun de ces tsunami sur la région touchée. Il est évident, néanmoins, que des catastrophes naturelles telles que les tsunami ont , à long terme, des conséquences social es et économiques beaucoup plus importantes quene peuvent le suggérer les témoignages historiques ou les statistiques. En outre, les temoignages historiques ne permettent pas de se rendre compte de l’ampleur des ravages que des tsunami pourraient provoquer aujourd’hui, étant donné le développement considérable qui s’est produit depuis vingt ans dans les régions côtières de nombreux pays développés et en développement. Les tsunami à venir auront des répercussions sociales et économiques beaucoup plus graves que dans le passé. C’est pourquoi il est essentiel de prévoir de telles éventualités et de s’y préparer.

Gestion des risques présentés par les tsunami

Il n’est guére possible d’empécher une catastrophe naturelle de se produire. Il est impossible d’éviter les inondations, les sécheresses, les séismes, les ouragans, les éruptions volcaniques et les tsunami, Mais l’humanité, qui est douée de capacités d’adaptation remarquables, a appris à vivre avec ces risques. Jusqu’ici, nous avons eu une attitude passive, nous résignant par avance à ces catastrophes que nous attribuions à la colère divine ou aux caprices de la nature et que nous ne pouvions prévenir. Sans doute n’est-il pas possible d’empêcher ces catastrophes naturelles de se produire, mais il est en notre pouvoir, grâce à une planification appropriée, d’en limiter les conséquences et les effets destructeurs sur l’homme et ses biens. Toutefois, pour parvenir effectivement à atténuer les effets des tsunami, il faut non seulement bien connaître la réalité scientifique du phénomène et de ses manifestations dans tel ou tel lieu géographique, mais connaître en outre l’ensemble des facteurs physiques, sociaux ou culturels qui interviennent dans chacune des localités de chaque pays. Il est évident que certaines régions sont plus exposées que d’autres aux tsunami. Étant donné la fréquence élevée des tsunami dans l’océan Pacifique, les efforts déployés pour améliorer la gestion des risques se sont concentrés principalement dans cette région du monde. Cependant lorsqu’ on organise l’amènagement et l’ exploitation des zones côtières, il convient de prendre en considération l’incidence, même lointaine, des tsunami. Un certain niveau de risque est acceptable, mais les pouvoirs publics devraient canaliser le développement et la croissance démographique vers des régions plus sûres et moins exposées aux risques potentiels de tsunami . Il conviendrait que les pouvoirs publics réglementent l’ exploitation des terres en fonction des risques potentiels de tsunami dans telle ou telle région côtière, en particulier si cette région a déjà été ravagée dans le passé.

Mesures internationales de protection et de prévention

Les mesures de protection actuelles reposent es entiellement sur la mise en uvr e de systèmes d’ alerte aux tsunami utilisant un matériel perfectionné pour la collecte des données et leur communication. Des pays tels que le Japon, I’Union soviétique, le Canada et les États-Unis d’Amérique ont mis au point des systèmes d’alerte aux tsunami relativement élaborés, et ils se chargent de transmettre les informations recueillies aux autres pays du Pacifique.

En 1965, la Commission océanographique intergouvernementale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco/COI) a accepté l’offre que les États-Unis avaient faite de développer leur centre d’alerte aux tsunami établi à Honolulu pour le transformer en Centre d’alerte aux tsunami pour le Pacifique ( PTWC) et elle a créé un Groupe international de coopération (GIC/ITSU) ainsi qu’un Centre international d’information sur les tsunami (CIIT) chargé de surveiller les activités du Système international d’alerte aux tsunami dans le Pacifique (ITWS). Le Système d’alerte aux tsunami dans le Pacifique est aujourd’hui le cur d’un système véritablement international. Vingt-deux (28 maintenant, a 1997) pays sont actuellement membres du GIC/ITSU: le Canada, le Chili, la Chine, la Colombie, les îles Cook, I’Équateur, les États-Unis d’Amérique, les îles Fidji, la France, le Guatemala, I’Indonésie, le Japon, le Mexique, la Nouvelle Zélande, le Pérou, les Philippines, la République de Corée, le Royaume-Uni (Hong-kong), le Samoa, Singapour, la Thaïlande et l’Union soviétique. Plusieurs pays et territoires qui n’y ont pas adhéré maintiennent des stations pour l’ITWS et des stations marégraphiques sont également installées dans plusieurs îles du Pacifique. Le réseau actuel comprend 24 stations sismographiques, 53 stations marégraphiques et 52 stations d’émission disséminées dans toute la région du Pacifique et placées, à des degrés divers, sous l’autorité des États membres. Le Centre d’alerte aux tsunami pour le Pacifique d’ Honolulu, placé sous l’ autorite du National Weather Service des États-Unis, est le centre opérationnel du réseau. Le Système international d’alerte aux tsunami dans le Pacifique (ITWS) a pour fonctions de détecter et de localiser les séismes dans la région du Pacifique, de déterminer s’ils ont engendré des tsunami et de transmettre en temps utile aux populations du Pacifique les informations et les avis d’ alerte destinés à en limiter les effets sur les plans humain et matériel.

Fonctionnement du systeme d’alarme

Le système se met en marche dès qu’une station sismographique du réseau détecte un séisme d’une ampleur suffisante pour déclencher le système d’alerte relié au sismographe de cette station. Les séismes de magnitude 6,5 ou plus sur l’échelle de Richter sont surveillés. Le PTWC recueille les données; lorsque celles-ci sont suffisantes, il est possible de localiser le séisme et d’en calculer la magnitude. Quand les rapports provenant des stations marégraphiques indiquent qu’un tsunami menace la population dans une partie du Pacifique ou dans son ensemble, un avis d’alerte est transmis aux stations d’émission, qui sont chargées de le diffuser dans le public. Les autorités mettent alors en uvre des plans préétablis d’évacuation des zones menacées Si les rapports des stations marégraphiques montrent qu’aucun tsunami dangereux n’a été engendre, le PTWC émet un avis d’annulation. Outre le Système international d’alerte aux tsunami, un certain nombre de systèmes régionaux d’alerte ont été mis en place pour prévenir la population des régions où la fréquence des tsunami est élevée et une réaction immédiate indispensable. C’est le cas notamment en Union soviétique, au Japon, en Alaska et à Hawaii. Toutefois, il subsiste de vastes régions où il n’est pas possible de détecter ou de surveiller suffisamment tôt les tsunami et d’alerter la population pour prévenir des pertes élevées en vies humaines.

Étant donné la rareté des grands tsunami dévastateurs, il est difficile d’établir des plans efficaces de prévision permettant d’alerter la population. Néanmoins, il est possible de sensibiliser celle-ci aux risques potentiels présentés par les tsunami. Des avis d’alerte sont diffusés dans le public pour convraincre la population d’évacuer les zones menacces. Il est nécessaire de prévoir des délais suffisants pour l ‘évacuation, qui est une opération difficile. Souvent, la population ne comprend pas la signification des avis d’alerte diffusés et ne sait pas où se situent les zones menacées. La plupart des gens hésitent à abandonner leur maison ou leur lieu de travail et, en règle générale, ils ne réagissent pas très bien aux avis d’alerte, surtout si de nombreuses fausses alertes se sont déjà produites.

Perception du danger par la population

La perception que la population d’une région côtière a des risques de tsunami repose sur l’information et sur la confiance du public dans les organismes gouvernementaux chargés de les prévoir. Une fréquence abusive des alertes, due à une connaissance insuffisante du phénomène ou à l’absence de données fiables sur lesquelles fonder les prévisions, donne souvent lieu à de fausses alertes et incite à ne pas tenir compte des avis d’alerte et des consignes d’évacuation Ces fausses alertes font perdre confiance dans les capacités du système et hésiter à prendre les dispositions qui s’imposent dans l’éventualité d’un tsunami. Même lorsqu’une prévision de tsanami s’appuie sur des données et des informations fiables, les dispositifs d’alerte et d’évacuation peuvent se montrer insuffisants pour atténuer les effets du tsunami sur la population. La perception que la population a du danger dépend de son aptitude à comprendre la réalité scientifique du phénomène, tout au moins de facon élémentaire, et ses réactions sont fonction de cette attitude et de la confiance qu’elle a dans les autorités. Heureusement, les prévisions de tsumani ont été trés satisfaisantes ces dernières années et l’image du système d’alerte ainsi que sa crédibilité se sont considérablement améliorées. Toutefois, étant donné la très grande complexité du phénomène, la prévision n’est pas une science exacte et les donnees sur lesquelles elle s’appuie se révèlent fréquemment inadéquates dans certaines régions.

Education de la population

Il est possible d’accroître le degré de sensibilisation de la population à la menace potentielle des tsunami grâce à un programme d’éducation du public. Les autorités responsables de la défense civile de chaque pays peuvent mettre en place ce type de programme d’éducation sur les tsunami en organisant des stages d’études et des réunions de travail à l’intention des responsables gouvernementaux, en publiant des brochures d’information sur le dangers des tsunami et en coordonnant leur action avec celle des médias pour assurer la diffusion des informations sur les tsunami. D’autres organismes publics peuvent également prendre des mesures visant à limiter les dommages que pourraient causer d’éventuels tsunami, par exemple en définissant une politique judicieuse d’aménagement des régions côtières qui prévoirait notamment la délimitation des zones potentiellement exposées et leur amènagement. Les institutions scientifiques peuvent entreprendre des recherches et des études techniques visant à déterminer les zones d’évacuation ou à définir des principes de génie paraséismique pour la construction des bâtiments dans les régions côtières. On peut envisager d’élaborer des documents audio-visuels destinés à informer les enfants en milieu scolaire et le public en général, et de publier des brochures et des dépliants décrivant le système d’alerte aux tsunami et indiquant aux populations la conduite à suivre en cas d’alerte. A l’échelon national, les autorités peuvent perfectionner et harmoniser leurs dispositifs d’opération et de communication afin de remplir efficacement leur rôle lorsque la menace d’un tsanami survient. Il convient de revoir fréquemment les procèdures d’alerte afin de mieux définir et de mieux répartir, à tous les niveaux, les responsabilités respectives des différentes instances gouvernementales.


Conclusions et recommandations

Malgré les progrès techniques des vingt dernières annees, nous sommes encore incapables de prévenir à temps de nombreuses régions du Pacifique et d’alerter d’autres régions du monde. Il est indispensable d’améliorer les communications afin d’assurer une diffusion rapide d’informations fiables. Une automatisation accrue du traitement et de l’analyse des donnes est nécessaire. Il convient de poursuivre la recherche, notamment pour mettre au point des instruments tels que les détecteurs d’eaux profondes, qui permettraient de déceler très tôt les tsunami. Des recherches sont également nécessaires pour l ‘interprétation en temps réel des paramétres d’ origine séismique qui pourront contribuer à l’évaluation des tsunami. Il paraît indispensable d’intensifier les recherches qui nous permettront de mieux comprendre l’interaction d’un tsunami et de la côte.

La recherche peut aussi nous aider à améliorer les systémes actuels d’alerte, à mieux amènager les régions côtières exposees aux tsanami et à définir les principes de génie paraséismique qui devraient régir les constructions dans ces régions.

En conclusion, l’objectif à long terme de tous les pays exposés au risque de tsunami devrait être d’édifier des infrastructures scientifiques et techniques adéquates pour parer à l’éventualité d’une telle catastrophe. Dans l’immédiat, chacun des pays en question devrait s’attacher à évaluer ce risque en fonction de ses besoins potentiels et des ressources dont il dispose. Une bonne préparation implique notamment la possibilité d’identifier dans les plus brefs délais des tsunami imminents, des systèmes d’alerte nationaux et régionaux efficaces qui permettent de prévenir les populations et les industries côtières, ainsi que des agents de la défense civile et une population bien préparés à faire face à une alerte.

Enfin, il conviendrait d’améliorer les capacités d’alerte du système en perfectionnant les instruments destinés à la surveillance des tsunami et à la diffusion des informations afin d’accroître l ‘ efficacité des systémes d’alerte et la sensibilisation du public, qui est un élément important de la protection à long terme.

Notes

1. K. Iida, D. Cox et G. Pararas-Carayannis, Preliminary catalogue of tsunamis occurring in the Pacific Ocean, Honolulu, Hawali Institute of Geophysics, University of Hawaii, I967 (Data report 5).

2. Ibid.

3. G. Pararas-Carayannis, Catalogue of tsunamis in Hamaii, Boulder, Colo. (Etats-Unis d’Amérique), World Data Center-A for solid earth geophysics, I977.

4. CIIT. Rapports sur les tsunami, n° I976-26, 1978.

5. G. Pararas-Carayannis, “Earthquake and tsunami of 12 December I979 in Colombia “, Tsunami newsletter, vol 13, n° 1, 1980, p. 1-9.

6. G. Pararas-Carayannis, “The international tsunami werning system “, Sea frontiers, vol. 23, n° 1, 1977, p. 2O-27.

7. CIIT, Rapports sur les tsunami, n° I977-12, 1978.

8. W. Berningbausen, “Tsunamis and seismic seiches reported from the Eastern Atlantic South of the Bay of Biscay” , Bulletin of the Seismological Society of America, vol. 54, n° 1, 1964, p. 439-442.

9. Anonyme, Tsunamis and seismic seiches reported from the western North and South Atlantic and the coastal waters of Northwestern Europe, Washington, D.C., Naval Oceanographic Office, 1968.

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